le salon d'Eva Lunaba

tant que c'est toi

>> couverture par Fred Grivaud


Tant que c'est toi
Eva Lunaba © 2007 - Editions Le Manuscrit
Genre : Nouvelle
Public(s) : tous publics
73 pages
N°ISBN : 978-2-304-00580-6

Jeune bibliothécaire, Maylis découvre découvre dans une chambre d'hôtel un ouvrage oublié. En quête de son propriétaire, elle reconnaîtra son Autre dans les pleins et déliés d'une correspondance amoureuse. Une liaison épistolaire au parfum sulfureux des amants du XIXe siècle, George Sand et Alfred de Musset.

En vente sur

Extrait n°1
[...] Le 5 janvier 2005

Cher Musset,

Je me permets de vous appeler ainsi. Vous comprendrez en lisant cette missive pourquoi.
J’ai trouvé dans la chambre d’hôtel que vous occupiez un roman qui semble vous appartenir.
Je suis bibliothécaire, je connais la valeur d’un roman quand il s’infiltre dans nos veines et fait partie de notre vie. Si tel est le cas pour vous, vous serez heureux de le retrouver.
Si vous souhaitez discuter de ce récit passionné et romantique qu’est ce titre de George Sand, je vous laisse mes coordonnées ci-dessous.

Ne souhaitant pas vous importuner davantage, je dépose ce livre à l’accueil du Musée.

Sincèrement,
Maylis Delaunay
Bibliothèque Phébus
Faubourg Boutonnet - 34 000 Montpellier.

Elle voulut embrasser la feuille de vélin mais se retint comme si ce geste pouvait l’impliquer encore davantage. Elle devait cesser de vivre dans le passé sous peine d’en revenir plus abîmée encore que ce bleu qui s’étalait sur le haut de ses reins.
Ne plus croire aux signes, ce livre après tout n’était qu’un objet oublié. Son propriétaire ne s’en était peut-être même pas rendu compte.
Mais si c’était Lui. Il l’aurait alors abandonnée une seconde fois. Du plus lointain de ses souvenirs, il ne le quittait jamais, ce roman.
Cette soudaine pensée la glaça, l’indifférence après l’abandon… le silence et l’oubli qui enterrent et brûlent tout soupir.
Elle se regarda dans le miroir, le temps n’avait pas fait son œuvre. Elle ressemblait à ces femmes que peignait Klimt. Même si son cœur battait à contretemps, elle gardait en son regard l’étincelle de l’amour absolu.
Elle enfila sa robe marine, se glissa dans ses escarpins et dévala les escaliers qui menaient au séjour de l’hôtel. Le jeune homme était penché sur un magazine de cinéma, il sentit son parfum avant même qu’elle ne pénètre dans la pièce.
– Puis-je vous être utile, Mademoiselle ?
– Je souhaite régler ma note, s’il vous plaît. Il lui tendit la facturette, elle glissa dans sa main tendue sa carte bancaire. Ce frôlement de peaux empourprait à nouveau les joues de ce réceptionniste.
– Revenez nous voir Mademoiselle, je vous garderai la chambre Boudoir, elle vous plaira, j’en suis convaincu.
– Je devrai à nouveau rater mon train, lui confia-t-elle avec malice. Auriez-vous un plan de Paris ? Je vais profiter de ma liberté si difficilement déterrée.
– Je ne vous imagine pas enchaînée, se ris-qua-t-il, surpris par son audace. Un regard sombre vint l’emboutir. Elle changea de sujet.
– Connaissez-vous le propriétaire de ce livre, je l’ai retrouvé sur la commode de ma chambre.
– Oui, il habite Bordeaux. Il est venu à Paris pour l’exposition sur George Sand.
– Je pars au Musée, j’y déposerai ce livre à l’accueil. Avant qu’il n’ait pu lui dire son nom, elle avait filé. Seul son parfum caressait encore la pièce. Le chat la suivit dans la rue. [...]

Extrait n°2
[...] 10 janvier 2005,

Chère Maylis,

Permettez-moi de vous appeler par votre prénom, les personnes qui lisent George Sand et Alfred de Musset ne peuvent être tout à fait des inconnus.
Si vous saviez à quel point ce livre est important pour moi.
Je ne vous connais pas et pourtant j’ai envie de vous embrasser.
Sur vos joues, un baiser clinquant pour vous dire que votre geste m’a touché.
Il était une fois mon passé, et ce roman est la clé de ma malle aux souvenirs que j’ai égarée le temps d’un long sommeil.
Je ne peux m’étendre sans vous gêner davantage, ma pudeur est légendaire et la vôtre à ne point être froissée par un inconnu.
J’apprécierais de continuer à vous écrire, et de vous demander conseil pour des livres à découvrir dans ce fleuve de nouveautés qu’est l’édition française.

Je suis artiste peintre, je vous communique l’adresse de mon atelier.
Ne prenez pas peur, mes toiles me permettent à peine de me sustenter. Je donne des cours de dessin à de jeunes impétueux qui pensent un jour dévorer la terre. Et cette flamme-là, je l’entretiens, il faut rêver grand pour approcher la lumière.
Je vais cesser de vous retenir, vous allez me trouver impétueux, moi aussi. En attendant de vous lire,

Bien amicalement,

Liam Bodegan
Galerie Théâtre de la Lune
Impasse des Vents 33 000 Bordeaux